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Au  cours  de  trois  dernières  années  consécutives,  NewSETA  est  sur  les  fronts  d’une campagne visant à abaisser l’âge de vote au Cameroun, par le biais du projet «  VOTE 18 ».  Dans  l’échange  qui  suit,  le  directeur  exécutif  répond  à  quelques  questions  et préoccupations  concernant  l’appel  de  NewSETA  à  étendre  les  droits  de  vote  aux Camerounais âgés de 18 ans. Echange avec le Directeur Exécutif, Ateki Seta Caxton

Questions et réponses sur VOTE 18

1. Qu'est-ce que la campagne « VOTE 18 » ?

VOTE  18  est  une  campagne  lancée  par  le  Réseau  pour  la  solidarité, l’épanouissement  et  la  transformation  pour  tous  (NewSETA)  pour  plaider  en faveur de la réduction de l’âge minimum de vote au Cameroun de 20 à 18 ans. La campagne  vise  également  à  mobiliser  la  nouvelle  catégorie  des  électeurs  à s’inscrire  massivement  sur  les  listes  électorales  et  à  participer  aux  futures élections.

2. Pourquoi avez-vous choisi un tel slogan « VOTE 18 »?

Il  véhicule  le  message  de  notre  campagne  de  façon  simple  et  mémorable  et convient à notre contexte bilingue.

3. Pourquoi la réduction de l’âge du vote que vous défendez?

Cette campagne vise à encourager la participation des jeunes dans la prise de décisions politiques; inculquer les valeurs civiques à un plus jeune âge; permettre à notre pays de s’arrimer à ses engagements envers les jeunes, et d’être sur un pied  d’égalité  avec  d’autres  Etats  africains  qui  ont  fait  de  grands  progrès  sur l’intégration  des  jeunes  dans  le  processus  politique  au  plus  jeune  âge.  Le Cameroun est l’un des seuls pays africains ayant un âge de voter à 20 ans. Dans presque tous les autres pays Africains, les jeunes votent à 18 ans.

4. Qu’est-ce qui a inspiré cette campagne?

Nous  avons  développé  le  projet  VOTE  18  après  avoir  observé  les  élections municipales  et  législatives  simultanées  du 30  Septembre  2013  marquée  par  la sous-représentation des jeunes. La population du Cameroun était alors bien plus de 20 millions de personnes. Cependant, seul environ 5,4 millions ont inscrits au vote. Après les élections il y avait environ 1,2 million d’abstentions et 185000  bulletins de vote nuls, ce qui signifie effectivement que ceux qui ont voté lors de ces élections étaient un peu plus de 4 millions. Lors de l’élection présidentielle de 07 Octobre, 2018 au Cameroun, nous avons constaté de mêmes tendances. Sur 6,667,754  électeurs  inscrits  seuls  3.590.681  ont  voté,  parmi  lesquelles  52716 étaient effectivement des bulletins de vote nuls. Il y avait 3,077,073 abstentions et plus de 50% de ces abstentions étaient des jeunes. La  question  que  nous  nous  sommes  posée  était,  pourquoi  ces  jeunes  ne participent pas au processus électoral? Nous avons réalisé qu’au-delà des raisons personnelles, le système électoral a été structuré d’une manière qui a pour but de limiter la participation des jeunes et les a empêchés d’être capable à délibérer et  décider  sur  les  questions  d’actualité,  donc  dans  la  plupart  d’eux  ont  été distancés. Et ce qui est tragique c’est que, dans toutes les élections, c’est leur avenir qui est en jeu.

5. Pourquoi dites-vous que le système électoral est discriminatoire à l'égard des jeunes, alors qu'en réalité, il y a quelques-uns des jeunes qui ne veulent pas participer?

Il pourrait y avoir des raisons personnelles qui expliquent pourquoi  les jeunes ne participent pas aux élections, mais, cela dit, la loi est très claire sur la question de l’âge de vote. Article 2 (3) de la Constitution de 1996 du Cameroun stipule que « le vote est égal et secret; y participent tous les citoyens âgés d’au moins vingt (20) ans. » Le Cameroun a une population d’environ 24 millions de personnes avec un âge médian d’environ 18 ans. Cela signifie que lorsque la population du Cameroun est divisée  en  deux  parties,  la  moitié  (soit  12  millions  de  personnes)  est  âgée  de moins de 18 ans et l’autre moitié au-dessus de 18. Il y a environ 2 millions de personnes âgées entre 18 et 20 ans. Lorsque vous ajoutez cela à la population en dessous  de  18,  il  est  de  14  millions  de  personnes,  soit  environ  60%  de  la population du Cameroun. Placer l’âge de voter au Cameroun à 20 signifie donc que seulement 40% des Camerounais ont obtenu le droit de vote à nos élections. Dans de tels scénarios, des questions se posent évidemment si nos élus jouissent d’une réel légitimité populaire ou si, ils reflètent la volonté de la majorité des personnes qui forme la base de leur autorité.

6. Ne pensez-vous pas qu’un enfant de 18 ans devrait se concentrer sur l'éducation plutôt que des questions politiques?

A 18 ans, une personne n’est plus un enfant. La Convention internationale relative aux droits de l’enfant stipule clairement qu’un enfant est une personne qui a l’âge inferieure a 18 ans. L’article 80 (4) du Code pénal 2016 du Cameroun stipule que « la majeur de 18 (dix-huit) ans est pleinement responsable » C’est-à-dire leur capacité  à  assumer  leurs  responsabilités  à  cet  âge  est  reconnu  et  clairement défini  par  la  loi.  Le  concept  de  responsabilité  à  18  signifie  qu’ils  assument pleinement la responsabilité du choix de vie à cet âge. Leur refuser le dro it de vote affaiblit considérablement leur capacité à décider de quelque chose d’aussi important que leur avenir. La question qu’il faudrait poser est; « quel niveau de l’éducation devrait-on avoir pour être électeur? ».   Une grande partie de la population  actuelle ayant le droit de  vote  n’ont  même  pas  le  niveau  d’éducation  que  possèdent  la  majorité  des jeunes de 18 ans aujourd’hui.

7. Ne pensez-vous qu'il est préférable de plaider en faveur de la création d'emplois pour ces jeunes que de les encourager à participer à des questions politiques?

Sur la question d’emplois, le gouvernement fait de son mieux bien qu’il existe encore  des  zones  à  améliorer,  et  c’est  vrai  que  le  gouvernement  ne  peut  pas employer tout le monde. Grâce à Vision 2035, le gouvernement a fixé un objectif de faire du Cameroun un pays émergent démocratique, unie dans sa diversité, d’ici l’an 2035. La première phase de la mise en œuvre de cette vision couvrant la décennie 2010-2020 était clairement énoncée dans le document de stratégie pour la  croissance et l’emploi DSCE. Les programmes pour favoriser les jeunesse comme PAJER-U, PIAASI, le recrutement de 25000 jeunes, la mise en place de la banque pour les PME, et « Le Fonds spécial Jeunes » témoignent de l’effort. Néanmoins, la croissance du Cameroun pour 2018 était seulement de 4,6%. Manifestement, pour réaliser la vision-2035, le pays avait besoin de maintenir une croissance à deux chiffres à partir de 2015. Cela signifie la création d’emplois comme vous le dites à juste titre. Mais, qui sont  ceux qui créent des emplois ou l’environnement propice à la création d’emplois? Nos dirigeants! Au Cameroun, nous avons toujours tourné  le  regard  vers  nos  dirigeants  pour  les  emplois.  Qui  élit  ces  dirigeants? Nous-mêmes! Comment pouvons-nous nous assurons que nos dirigeants traitent notre manque d’emplois si l’on n’a jamais participé à leur élection ou de faire en sorte que la création d’emplois est une priorité dans leurs politiques avant les élections? Quand tout est dit et fait, les jeunes sont ceux-là  mêmes qui souffrent le plus de ce manque d’engagement politique.

9. Ne pensez-vous pas cela constituera un risque politique que ceux-ci sont un nouvel ensemble d'électeurs qui peuvent balancer les élections contre certains candidats?

Dans  toute  démocratie,  le  changement  positif  devrait  être  les  bienvenus!  Il pourrait y avoir, bien sûr, une importante dimension politique de faire voter les jeunes de 18 ans. Donner le droit de vote aux jeunes de 18 ans augmentera la population  en  âge  de  voter  au  Cameroun   par  environs  1,5  à  2  millions  de personnes – soit un peu plus de 15% d’électeurs. Mais je pense que s’il y avait la domination d’un parti politique parmi cette grande nouvelle population de vote, ou entre les sous-groupes en son sein, il pourrait y avoir un avantage électoral pour ce parti ou ses candidats. En conséquence, voter à 18 ans deviendrait un enjeu politique majeur.  Néanmoins, je crois que le risque est extrêmement faible.  Ils  constituent  un  nouveau  seuil  électoral  qui  peut  être  explorée également, par tous les acteurs politiques en fonction de leur volonté d’engager ces jeunes électeurs. Prenons ce cas. L’article 123  du Code du travail du Cameroun permet déjà aux jeunes de 18 ans de voter dans les sociétés et les entreprises où ils travaillent. Il stipule  que:  « (1)  Sont  électeurs,  à  l’exception  du  chef  d’établissement,  les travailleurs des deux sexes, âgés de dix-huit (18) ans révolus et ayant travaillé au moins six (6) mois dans l’entreprise ». Même à 20 quelqu’un se qualifie comme candidat! « (2) Sont éligibles, les électeurs âgés de vingt (20) ans révolus, sachant s’exprimer  en  français  ou  en  anglais,  ayant  travaillé  sans  interruption  dans l’entreprise pendant douze (12) mois au moins ». Si ça ne constitue pas un « risque politique » de permettre à un jeune de 18 ans pour voter le conseil d’administration d’une grande société comme Delmonte-avec des budgets beaucoup plus importants que ceux de certains de nos conseils municipaux locaux,  pourquoi  devrait-il  devenir  soudainement  un  grand  risque politique quand il s’agit de permettre aux mêmes jeunes de 18 ans à voter pour les membres de nos communes, par exemple? Si vous évaluez attentivement la situation, les mêmes principes généraux sont applicables à ces élections que les élections nationales. Il se peut que la question soit une  –  comme pour le suffrage des femmes au début du 19 e siècle – qui ne peut être résolu  de façon définitive seule par la raison ou la logique. Les attitudes sur la question sont plus susceptibles d’être déterminées par l’émotion ou une réponse politique. Il convient de noter, cependant, que la quasi-totalité des arguments avancés maintenant contre l’extension du droit de vote aux jeunes de 18 ans ont également été présenté contre l’octroi de droit de vote  aux  femmes.  Pourtant,  personne  maintenant  ne  remet  sérieusement  en question la sagesse de la possibilité d’accorder ces droits aux femmes. 

10. Nous sommes en Afrique et avouons nos réalités. A 18 ans, beaucoup de jeunes vivent encore sous la garde de leurs parents; ne pensez-vous pas qu'ils sont immatures à voter?

Ils  ne  sont  pas  immatures,  et  pour  prouver  cela,  permettez -moi  de  donner quelques  exemples. Le gouvernement recrute des soldats dans l’armée à l’âge de 18 ans, permet aux jeunes de se marier à 18 (et dans certains cas 15 ans pour les filles), les attribue la pleine responsabilité pénale à 18 ans, les établit des cartes d’identité à 18 ans et leur permet même de observer les élections à 18 ans. Au moins, la possibilité de voter devrait être accordée en reconnaissance des risques qu’un jeune de 18 ans est obligé d’assumer quand il est envoyé au combat et peutêtre pour mourir pour ce pays. En Juin 2014, Radius Maliki est mort dans une explosion  à  Ndabakora-Grand  Nord  Cameroun,  comme  son  équipe  a  réussi  à repousser l’attaque horrible de Boko Haram. À 19 ans, le caporal a fait le sacrifice le plus élevé pour la patrie, mais à cet âge, Maliki ne pouvait même pas choisir qui l’a envoyé mourir. Il était trop jeune pour voter. Peut-on vraiment maintenir que ces jeunes hommes et les femmes ne méritent pas le droit de vote? Si nous pouvons faire confiance à un jeune homme de 18 ans avec une arme à feu, nous devrions être en mesure de faire confiance à la même avec un bulletin de vote. Bien sûre, comme beaucoup de critiques l’ont souligné, les capacités requises pour être un bon soldat ne sont pas les mêmes capacités requises pour être un bon électeur. Néanmoins, je crois que nous pouvons accepter la logique de l’argument sans en faire concluants. Une société qui impose le fardeau extraordinaire de la guerre et la mort sur sa jeunesse devrait également accorder le bénéfice de la pleine citoyenneté et de représentation, en particulier dans les aspects sensibles et fondamentaux comme le droit de vote.

11. Les jeunes sont-ils assez bien informés sur les enjeux d'être inclus dans un système politique sans une base solide et transparente?

Il  est  nécessaire  de  sensibiliser  les  jeunes  sur  leur  rôle  dans  l’organisation d’élections pacifiques, libres et justes et sur des choses comme les critères de base  pour  choisir  un  leader,  mais  ce  genre  de  sensibilisation  doivent  être adressées à tous les électeurs. La plupart  des personnes vous diront que notre système politique est un travail en cours et nous devons apprendre de nos erreurs et chercher de nouvelles façons d’améliorer le système, l’un qui est de repenser un  système  politique  qui  produit  des  jeunes  apathiques.  Si  les  jeunes  sont déconnectés  du  processus,  comme  c’est  le  cas  aujourd’hui,  la  fondation  reste fragile.

12. Si les jeunes ayant 20 ans aujourd'hui ne sont même pas intéressés à la participation politique, pensez-vous les jeunes de 18 ans trouveront un intérêt pour le vote?

Tout d’abord, je ne suis pas d’accord que tous les jeunes de 20 ans ne participent pas.  Ils  votent,  mais pas  dans  les  tendances  que  nous  aimerions voir.  La  vraie question à se poser est « pourquoi les jeunes de 20 ans ne votent-ils pas alors qu’ils ont le droit de voter?» D’une  certaine  façon,  il  pourrait  être  une  question  de  coûts  par  rapport  aux avantages  de  la  participation  politique.  Quelques  études  indiquent  que  la participation  politique  augmente  quand  la  récompense  personnelle  et  les avantages perçus de la participation emportent sur les coûts associés. Ces coûts pourraient  inclure:  coût  d’inscription  sur  les  listes  électorales;  le  coût  de recherche  des  connaissances  politiques  qui  est  nécessaire  pour  prendre  une décision éclairée; le temps impliqué; et les coûts des efforts de mobilisation des électeurs, etc. D’ailleurs, les jeunes électeurs ont tendance à être plus mobiles en raison de l’éducation et la recherche d’emploi et ne se rendent souvent pas à l’endroit  où  ils  ont  inscrits  pour  voter,  parce  que  notre  système  électoral  ne permet pas encore la possibilité de voter où l’on se trouve. Ces coûts, font en sorte que ces jeunes ne font pas les efforts nécessaires. Néanmoins, ce cadre de coûts-bénéfices est confronté par les dilemmes tels que le « paradoxe du vote » (où les gens votent en dépit du fait que les coûts individuels emportent sur les avantages  individuels),  ou  «  le  problème  d’action  collective  »  inhérente  à  la participation politique, et donc tout ne peut pas s’expliqué en termes de coûts et bénéfices. Curieusement,  j’ai  aussi  entendu  certains  jeunes  du  groupe  d’âge  électeur affirmer  que  leur  absence  dans  les  urnes  constituait  toujours  une  forme  de participation  visant  à  envoyer  un  message  clair  selon  lequel  choisir  entre différentes  alternatives  déplaisantes  pendant  les  élections  était une  perte de pouvoir et ne valait pas leur participation. Donc, cela nous amène à la question de  la  qualité  des  candidats  dans  nos  élections  en  tant  que  facteur  de participation. Dans  tous  les  cas,  l’absence  de  jeunes  lors  des  élections  ne  se  matérialise  pas exclusivement quand ils  ont  20  ans.  Le  problème  commence plus  tôt.  C’est  le résultat  d’une  culture  continue  d’un  manque  de  toilettage  politique  et  du coaching,  l’insuffisance  de  la  sensibilisation   politique  ou  civique  et,  les possibilités  inadéquates  pour  s’engager  dans  les  foyers  ou  établissements d’enseignement universitaires ou informels respectifs. Cette situation est encore aggravée par la contrainte légale qui met l’âge minimum de vote  à 20, ce qui rend impossible pour les jeunes de participer de manière significative avant cet âge. Dans de telles situations, la mobilisation massive des électeurs peut faire une énorme différence pour assurer que les jeunes de plus de 20 ans participent aux élections à venir. La même logique prévaut lorsque l’âge de vote est abaissé à 18 ans, bien que cela nécessite des efforts accrus de mobilisation du gouvernement et de la société civile.

13. En regardant la plupart des pays ravagés par la guerre nous nous rendons compte que beaucoup de jeunes sont impliqués dans la violence, ne pensez-vous pas que les inclure va plutôt créer un domaine de la radicalisation après les élections – au lieu de penser la croissance collective, ils vont plutôt penser à la politique, le tribalisme et les conflits en raison de leur immaturité dans la vie politique?

Pour les nombreux jeunes dans d’autres pays qui ont voté de façon responsable à 18 ou même 16, ce serait une généralisation injuste. L’Amérique et le Botswana, ou  même  le  Brésil  et  l’Argentine  qui  ont  les  âges  de  vote  à  18  ans,  ou  16  ont rarement connu une telle radicalisation depuis que l’âge de vote a été abaissé dans ces pays. Au contraire, le résultat a été l’émergence d’une masse critique de jeunes qui ne sont pas seulement conscients politiquement mais aussi capable d’assumer  leur  propre  responsabilité  dans  la  création  d’un  environnement démocratique plus stable. Ors, des pays comme la Côte-d’Ivoire qui a eu un âge de voter à 21 jusqu’en 2016, a été engloutie dans une crise post-électorale en 2012, avec les électeurs agitant sur les résultats. Cela prouve que, sans orientation, tous les groupes d’âge peuvent se livrer à la violence et à détruire le tissu même de leurs propres démocraties.

14. Pensez-vous qu’à 18 un Camerounais est assez capable de prendre de bonnes décisions de vote?

Je crois qu’ils possèdent la maturité, le jugement et la stabilité requis pour un exercice responsable du droit de vote et méritent le droit de vote. A 18 ans ils ont déjà de nombreux droits et  responsabilités dans notre société comparable au droit de vote. Peut-on dire que tout simplement parce qu’un jeune de 18 ans va à la guerre, ou travaille, ou se marie, conclut un contrat, ou paie des impôts, ou conduit une voiture ou est tenu pénalement responsable (il est à noter que l’âge minimum de responsabilité criminel au Cameroun est 10ans), comme un adulte il/elle  devrait  ainsi  être  habilités  à  voter  ?  On  peut  dire  chaque  droit  ou responsabilité dans notre société présente des questions uniques qui dépendent de la question particulière en jeu. Cependant, les exemples que je viens de citer démontrent que, de plusieurs façons importants et depuis de nombreuses années, nous  avons  conféré  des  droits  importants  sur  la  jeunesse,  comparable  en substance et de la responsabilité du droit de vote. Peut-on vraiment maintenir qu’il  est  juste  de  leur  accorder  tous  ces  droits,  et  retenir  encore  le  droit  qui importe le plus, le droit de participer au choix du gouvernement sous lequel ils vivent? Pourquoi penses-tu qu’à 18 ans un jeune serait en mesure de faire un bon choix d’un partenaire de vie, ou même décider d’une carrière pour eux-mêmes et en ce qui concerne la question du vote ils sont incapables de trouver des bonnes réponses?Nos  jeunes  d’aujourd’hui  sont  beaucoup  mieux  équipés  –  intellectuellement, physiquement et émotionnellement  –  pour faire le type de choix impliqués dans le vote que sont les générations passées des jeunes. De nombreux experts estiment qu’un  jeune  de  18  ans  aujourd’hui   est  au  moins  un  égale,  physiquement  et mentalement, d’un jeune âgé de 21 ans de la génération de son père, ou un jeune de 25 ans de la génération de son grand-père. En effet, dans de nombreux cas, les jeunes  de  18  à  20  ans  possèdent  déjà  une  meilleure  éducation  qu’une  grandeproportion  d’adultes  parmi  la  population  de  vote  actuel.  Et,  ils  ont  aussi  une éducation beaucoup meilleure que la grande majorité des électeurs dans toutes les périodes précédentes de notre histoire. Les statistiques sont dramatiques: Il y a cinquante ans, seulement 10% des Camerounais âgés entre 18 et 21 étaient des diplômés de collège. Aujourd’hui, en revanche, les taux de rétention dans nos écoles sont très élevés. En 2016, nous avons eu l’inscription de 91% dans notre système scolaire primaire. C’est  clair que l’éducation accrue de la jeunesse ne se mesure  pas  seulement  par  la  quantité  des  connaissances  inculquée.  Il  est également  mesuré  par  une  augmentation  correspondante  de  la  qualité inestimable du jugement. Nos jeunes de 18 ans aujourd’hui sont bea ucoup plus matures et plus sophistiqué que les générations précédentes au même stade de développement.

15. Ne vous pensez que cela peut ouvrir une voie pour les manipulateurs politiques d'utiliser ces enfants pour leur intérêt politique?

A  18  ans,  ils  ne  sont  plus  des  enfants!  La  Convention  relative  aux  droits  de l’enfant ou même la Charte africaine des droits et du bien -être de l’enfant est tout à fait claire. Cela dit, je pense que tout dépend de l’orientation que nous donnons à nos jeunes. Quand vous parlez de manipulation politique (nous devons essayer de mettre fin à ces pratiques), vous devez reconnaître qu’il n’a pas de limites d’âge. Il y a beaucoup d’exemples, nous pouvons citer, des adultes qui ont été manipulés. Après les élections générales de 2007  par exemple, le Président de la république et la Cour suprême ont dû faire appel à de nouvelles élections dans certaines circonscriptions de la région du Littoral, apparemment parce que les électeurs  –  qui  étaient  jamais  les  jeunes  de  18  ans  –  ont  été  manipulés.  Ces élections  n’étaient  pas  libres  et  équitables.  La  manipulation  de  l’électorat,  à travers ces exemples malheureusement édifiants, nous oblige à repenser le sens de  la  participation  politique.  Tout  système  politique  qui  se  nourrit  de  la manipulation s’autodétruire rapidement.

16. Pourquoi vous limitez votre campagne à 18 ans alors qu’ailleurs en Amérique latine et en Europe certains pays autorisent le vote à 16 ans?

La  Convention  relative  aux  droits  de  l’enfant  reconnaît  un  enfant  comme  une personne ayant l’âge inférieur à 18 ans. L’âge de 18 ans est aussi l’âge auquel le Cameroun  recrute  ses  forces  armées,  emploie  des  gens,  délivre  des  cartes d’identité  et  sanctionne  le  mariage  pour  les  garçons.  Tous  les  autres  pays d’Afrique, à l’exception du Cameroun, ont octroyé le droit de vote à 18 ans. Au Brésil, Cuba, l’Autriche, l’Argentine et plusieurs autres on peut voter à 16 ans et ce qui est encore mieux. Pour moi, abaisser l’âge minimum de vote au Cameroun est le plus important principe unique, que nous pouvons poursuivre en tant que nation si nous voulons réussir à amener nos jeunes à une participation pleine et durable dans nos institutions de gouvernement démocratique.

17. Le paiement des impôts par la jeunesse travailleurs ne leur donne pas nécessairement le droit de voter à 18 ans. Qu'est-ce que vous avez à dire à ce sujet?

Pourquoi  le  gouvernement  veut  seulement  s’intéresser  à  nos  impôts  et  non  à notre participation représentative? Connaissez-vous le dicton « Pas de taxation sans représentation »?

18. Ne pensez-vous qu'ils vont voter pour la mauvaise personne?

Les  candidatures  sont  examinées  par  ELECAM  et   les  candidats  devraient  être votés sur la base de leur vision politique. S’il y a quelque chose « mauvaise »  àl’égard du candidat, je ne suis pas sûr qu’ils  traverseraient le processus de revue d’ELECAM, ou même s’ils le font, on ne les élirait pas bien sûr si le public juge qu’ils  ne  sont  pas  le  candidat  juste!  Notez  qu’il  ne  sera  pas  seulement  les personnes âgées de 18 ans qui voteraient

19. Qu’est-ce qui a été fait par NewSETA jusqu'à présent, pour permettre une révision de l'âge de vote qui est encore à 20 ans?

NewSETA a mené une enquête dans la ville de Yaoundé en Novembre 2015 pour échantillonner les opinions d’environ 200 jeunes (principalement lycéens et étudiants universitaires) sur la question de réduire l’âge de voter – l’examen de leur soutien à l’idée, leur volonté de s’inscrire et voter si l’âge de vote est réduit et d’autres facteurs expliquaient la sous-representation des jeunes aux élections nationales. Nous avons également eu des entretiens approfondis avec quelques anciens experts sur le sujet. 74% de ceux que nous avons interrogés a souhaité voir l’âge de voter au Cameroun abaissé à 18 ans. Nous avons dû engager le Parlement avec les résultats de cette étude en 2016 quand  NewSETA  a  été  autorisé  par  le  président  de  l’Assemblée  nationale, l’honorable  Cavaye  pour  présenter  les  résultats  de  notre  étude  à  la  première session ordinaire du Parlement le 16 mars 2016. Nous avons également présenté un  projet  de  loi  lors  de  notre  passage  prise  en  charge  par  le  REJE  –  Réseau Parlementaire Espérance Jeunesse, présidée par l’honorable Komba Gaston, avec la  proposition  de  modification  de  l’Article  2,  alinéa   3,  de  la  Constitution  et l’Article 45 du Code électoral. Nous avons organisé plusieurs conférences et un «Echange honorable » en Juillet 2017  qui  a  réuni  11  députés  et  plus  de  80  jeunes  leaders  à  un  échange  sur  la même  question.  Nous  avons  écrit  180  lettres  aux  180  membres  de  l’actuel Parlement en Juillet 2017 et avons écrit une lettre au Président de la République sur la question. Nous  prévoyons  plusieurs  journées  nationales  d’action  et  d’événements médiatiques  sur  cette  campagne   visant  à  faire  abaisser  l’âge  de  vote  au Cameroun.  Nous  sommes  reconnaissants  à  la  Fondation  nationale  pour  la démocratie (NED, USA) qui nous a accompagnée dans cet effort.